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Publié par P Thevenin

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« Mais enfin, copain, mais c'est quoi ton problème

Mais merde copain, elle est pas belle, la vie ?

Bon, t'es tout seul,

Y a pas grand monde qui t'aime

Et pis c'est vrai qu't'as un boulot pourri

Enfin copain rends-toi compte de ta chance

T'aurais pu naître miséreux en Afrique

A propos d'ça copain pendant qu'j'y pense

J'aimerais bien récupérer mon fric »

(« Copain »).

Il me semble que presque tout Matthieu se trouve dans cette chanson qu'il n'a pas eu le temps d'enregistrer, la camarde bien trop pressée l'en ayant empêché : à 29 ans, le 26 septembre 2008. Simplicité, optimisme calculé et toujours une pointe d'humour plus ou moins gentil.

A l'époque où j'animais une émission de radio sur la chanson, je l'avais reçu en compagnie de son pianiste et ami, le Roannais Pierre Fayet. Quand je lui avais demandé s'il arrivait à vivre de la chanson, il m'avait répondu « Je survis ». Généreux en diable, il m'avait néanmoins fait cadeau de son album.

Je conserve un souvenir ému de cet après-midi passé avec ces deux beaux artistes. Comme il était difficile pour Pierre d'apporter son piano, nous avons écouté des extraits du CD et, en toute convivialité, Matthieu avait accepté de s'accompagner à la guitare pour quelques chansons.

Bien sûr, il reste des interprètes, notamment Évelyne Gallet qui a enregistré le titre ci-dessus, « Copain » ainsi que « La fin du monde ». Bien sûr, il y a l'album, désormais épuisé, qui demeurera enfant unique. Bien sûr, il existe le tremplin Matthieu Côte, à Cébazat, dans le Puy-de-Dôme. Un tremplin dont il fut précédemment lauréat. Mais ça ne suffit pas.

Bon, allez, après Béart, puis Jehan Jonas, disparu lui aussi prématurément, on ne va pas égrener la litanie nécrologique de la chanson française et on va parler de Matthieu au présent.

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Dans son album, le titre qui « accroche » le plus dès la première écoute est incontestablement « La mère de l'officier ». C'est d'ailleurs celui que Philippe Meyer avait choisi pour sa « tocade de la semaine ». Sur un rythme régulier, raide comme un défilé de troufion (gauche - droite - gauche ...) dans les moments qui s'y prêtent, ou plus retenu, surtout à la fin, il résume, à petits vers de quatre, cinq ou six pieds, la courte existence tragiquement caricaturale d'un garçon « né coiffé » :

« Très catholique

Famille nombreuse

Famille modèle

Propriétés

Voiliers l'été » …

 

« Il a l'enfance

Jouée d'avance

De ses grands frères

Il fait son chemin

Se fait des copains

Aux scouts d'Europe

Et déjà pense

Servir la France » …

 

« Il s'en revient

Dans du sapin

Les pieds devant

Sous un drapeau

Le papier cadeau de l'armée » …

 

« Elle s'en remet au ciel

L'imbuvable bigote

Mais le plus révoltant

C'est que cette chère maman

Ne l'est pas, révoltée …

 

« Le jour de l'enterrement

Elle reçoit dignement

La famille endeuillée

Qui lui presse le bras

Et qui se dit tout bas

Que le noir lui va bien ».

 

Pour l'avoir vu sur scène (mais c'est aussi flagrant sur le CD), je peux vous dire que, dans ce coup de gueule, tout en nuances subtiles, son interprétation évoque inévitablement (mais il ne s'agit en aucune façon d'imitation), excusez du peu, le grand Jacques, à qui, d'ailleurs, il adresse un clin d'œil dans un autre texte, « Liège » :

                           "Alors, je ne connaissais que vaguement ce pays

Dans les cartes un béret sur la France

Comme Brel le chantait je m'étais même promis

Si ce qu'il dit est vrai je m'exile en Provence »

où ses sentiments et des envies plus terre-à-terre sont partagés, dans un va-et-vient un peu complexe, entre la capitale des Gaules et la ville-titre :

« Quand mon cul est à Lyon

Mon cœur est à Liège

Quand ton cul est à Liège

Mon cœur est malheureux «.

 

Mais qu'on se rassure :

 

« Quand mon cul est à Lyon

Mon cœur est à Liège

Quand mon cul est à Liège

Mon cœur est heureux ».

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Il n'y a, dans ses chansons, pas tellement d'engagement sociétal. Il faut quand même citer « Le rêve américain » : un point de départ à peu près identique à celui de « La mère de l'officier » : Des parents à l'aise dans leurs pompes et dans leurs certitudes mais, cette fois, le fiston, plutôt que la carrière des armes, embrasse (et même un peu plus car grandes affinités ) un de ses condisciples le jour de la remise des diplômes, quand le proviseur vient à passer et les traîne devant les tribunaux :

« Ils étaient jeunes beaux

Ils incarnaient le rêve américain

Mais dur d'être un homo

Quand tes parents votent républicain ».

 

La palette poétique et musicale de Matthieu est extrêmement riche. De la sensualité dans « Le sarong » :

« Tes jambes nues s'étalent au sol, sur le tissu des auréoles

Reliques de ton récent bain, s'évanouissent au soleil, tes mains

Grattent lascives ma guitare qui happe, engloutit ton regard

Et tout ton visage concentré sur ces deux accords enchaînés « .

En fait de gratte, à noter la présence entêtante du piano dans ce titre. A Radio Cactus, Pierre Fayet nous disait qu'accompagner une chanson, c'était bien plus que souligner les mots avec d'autres sons, qu'il fallait créer une osmose, une alchimie, qui ne peut exister sans une complicité étroite. Que l'on songe à Bernard Joyet et Nathalie Miravette!

Matthieu s'empresse de capter les moments de grâce :

« J'avais cru bon de goûter son sourire

Mais il a disparu comme j'y posais les lèvres

Je la vis émouvante pâlir

Comme, comme sortie d'un rêve » (« Tendre»).

Mais il dénonce l'arrogance des conquérants de naissance (eh oui, toujours le poids des origines !) :

« Il avait la richesse, le pouvoir, l'influence

D'innombrables mégères se glissaient sous ses draps

Mais tu n'avais de cesse d'ignorer ses avances

Toi, ultime chimère à l'étau de ses bras

Ignorais-tu beauté que quelquefois les muses

Font chavirer les âmes des faibles et des puissants

Qui pour les posséder quand elles s'y refusent

Se font violeurs infâmes si femme ne consent »

(« Ravissante môme»).

Il sait aussi se montrer quelque peu « cruel » et il est parfois difficile de démêler le lard du cochon :

« Tu es moche mon amie

Tu es grasse ma grosse

Je le dis sans chichi

Sans vouloir être rosse

Ne prends donc pas cet ait contrit

Y a pas que la beauté dans la vie »

(« Ma meilleure amie »).

Dans « Quéquette », il laisse parler sa fantaisie à grand renfort d'allitérations :

« Pour des idiotes histoires de zigounettes la zizanie vite nous isole

Nous zibe de nos amies affolées par les zouaveries des zizis des hommes

Les unes désinhibées en gazelles zélées gazouillent et gaudriolent

Les autres désabusées, angoissées s'égosillent : zigouillons donc les zobs »,

un enchaînement de virelangues (cf. un chasseur sachant chasser ...) chanté à la vitesse grand V. Belle performance vocale.

Il pousse la « foutraquerie » un plus loin dans « Si les vaches avaient des ailes» :

 

« Par-dessus l'étang on verrait

Passer les vaches sauvages

Qui vers le midi s'en iraient

Légères dégueulasser les plages ».

Le CD se termine sur un appel de la « chair fraîche » auquel il a su résister :

« Tu as vingt ans mignonne je suis plus vieux gamine

En toi tout rayonne, superbe, épanouie

Et ta beauté bourgeonne, et ta beauté culmine

Près de toi tout déconne, je me sens rajeuni » …

« Et je sais que pour toi, moi j'aimerais partir

Conquérir les terres où tu vivrais heureuse

Oui je sais tout cela, mais j'aime autant vieillir

Près de ma régulière, ma fidèle amoureuse ... »

(« Tu as vingt ans »)

Un peu autobiographique, cette peur de l'aventure ? Beaucoup ? Difficile à dire. En tout cas, bravo, Matthieu, et merci pour tout !

Si certains d'entre vous veulent se procurer l'album, j'aurais grand plaisir à leur en faire des copies, gracieusement. Vous pouvez me joindre à mon adresse mail : mp.thevenin@laposte.net.

J'ai vu sur Internet que certains proches de Matthieu en possédaient plusieurs exemplaires. Allez voir sur le site.

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