Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Afficher l'image d'origine

Quand ce farouche opposant à Napoléon III lutta contre les Prussiens, il fut patriote, échappé de Paris assiégé en ballon, pour organiser une armée en province. Mais il serait plus contesté en tant que chef républicain.

" Ah ! Pourquoi donc t'ai-je promis

De t'aimer, Ninon, pour la vie ?

Un pareil serment c'est folie !

Quand les cœurs sont tant insoumis ! "

 

Vers le milieu du Second Empire, l'étudiant qui plaquait ainsi son scepticisme sur les rimes faciles, n'avait rien du bohème langui dans un recoin de soupente, En lui déjà perçait un turbulent hercule, appuyé des deux mains sur la massue redoutable que représentait sa force d'éloquence.

 

UNE FIN PREMATUREE

Mais lorsque le ténor applaudit à la Commune écrasée, les couches populaires s’estimèrent trahies, Et il fut bientôt accusé d'opportunisme, en cherchant le soutien des classes moyennes pour fonder une République durable, Il prit la tête d'un «  grand ministère «, resté sans lendemain, Renversé par les dirigeants des partis, il se retira, ulcéré, à Ville-d'Avray, dans sa maison de campagne des Jardies. Il y répudia presque la République, pourtant longtemps son amante, Lui en restait une autre, infiniment plus tendre et qui s'appelait Léonine Léon, Au bout de l'an 1882, il n'estimait plus «  folie d'aimer Ninon pour la vie, quand les cœurs sont tant insoumis, Son cœur à lui devenait si docile qu'il décida d'épouser «  sa Ninon « , Quand au fait de l'aimer pour la vie, il n'offrait rien d'insurmontable, puisque la sienne touchait à sa fin.

Le 27 novembre 1882, il se blessait maladroitement la main droite en déchargeant le barillet d'un revolver, Et la plaie s'infecta si fort qu'il en mourut, quelques minutes avant la fin de l'année.

Le 1er janvier suivant ce fut sur le coup des onze heures que les Stéphanois apprirent son décès. Par un temps magnifique, ils affluaient, en foule, dans les rues Dans les tramways, vite bondés, car pris d'assaut en ce jour de visites, la nouvelle put largement passer. Elle surprit d'autant plus que les derniers bulletins de santé paraissaient optimistes. Et les adversaires du tribun, ébahis par une issue si rapide, en oubliaient d'argumenter.

 

GAMBETTA SEUL A CHÂTEAUCREUX

La notoriété du défunt était telle qu'il alimenta toutes les conversations. Bien peu cependant l'avaient approché et certainement pas dans l'agglomération. Il s'y rendit pourtant, vers la fin du règne de Napoléon III. Frédéric Dorian l'avait invité en son château de Fraisses. Avec Arago, Jules Ferry, d'autres chefs de l'opposition républicaine, et les amis politiques locaux de son futur collègue dans le gouvernement de Défense Nationale.

Mais au départ de Paris, le distrait Gambetta, s'était trompé de train. Au débarcadère de Châteaucreux, il ne trouva naturellement personne pour l'accueillir, et gagna à pied le centre de la ville. Quelque part, la providence veillait. Parvenu à la place du Marché ( actuelle place Dorian ), il se rendit au tout proche café où se réunissaient les républicains d'alors. Il ne s'y fit point connaître, demanda son chemin, et prit la route de Firminy dans une carriole attelée à une paire de haridelles.

Quoi qu'il en soit , le 1er janvier 1883, l'atmosphère dans la cité stéphanoise n'était pas au recueillement. Le long du Cours Victor Hugo, du théâtre aux concerts, en passant par les cirques, les attractions en tout genre refusèrent du monde.

 

CHARIVARI AU CONSEIL MUNICIPAL

Le lendemain, ce fut un spectacle d'un autre ordre que la minorité gambettiste proposa au conseil municipal, à majorité socialiste. La gauche en général était devenue l'ennemie juré de Léon Gambetta, depuis le programme de Belleville. Dans ce quartier ouvrier de Paris, il s'était présenté aux élections en promettant la suppression du budget des cultes, et la séparation des Églises et de l’État, Or par la suite il ne s'en soucia plus. Le 2 janvier 1883 au soir, un représentant de la minorité demanda la levée de la séance en signe de deuil, et la désignation d'une délagation pour assister aux funérailles du «  grand citoyen « . il le revendiquait uniquement en souvenir du patriote de 1870. Le maire qui souscrivait à cette demande, se heurta aux vertes remontrances de la majorité, lui rappelant qu'il avait été élu avec elle. La séance fut malgré tout levée : les membre de la minorité ayant quitté leurs sièges, le quorum devenait dès lors insuffisant.

Par une étrangeté du sort, le lendemain de ce divorce politique, tous les membres du conseil étaient invités à inaugurer...la salle des mariages.

Place Gambetta Saint-Etienne

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :