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Publié par JP Clair

JP Clair - A bout de souffle ( la sarbacane ) - Souvenir de stéphanois

La sarbacane est une activité appartenant sans conteste au patrimoine stéphanois.

Elle se pratique ailleurs également, mais les règles et le matériel sont différents. C’est de la sarbacane dans la Loire que je vais vous entretenir. Le comité départemental du jeu de la sarbacane est le garant du respect des traditions et de règles immuables, même si quelques assouplissements ont été apportés.

A l’heure actuelle, 9 associations en dépendent. C’est dans la première moitié du dix-neuvième siècle que beaucoup de sociétés ont vu le jour. Cependant on retrouve la trace d’autres, beaucoup plus anciennes. ( ph : tableau d'honneur du jeu de l'Aigle )

A l’origine ce jeu était très misogyne. Ce n’est qu’à partir de 1970 que les femmes ont été admises. Depuis 1989, les enfants de plus de dix ans peuvent participer.

J’ai entendu tellement de versions sur ses origines dans notre région que je me garderai bien de vous proposer un exposé historique. Je veux simplement vous apporter quelques éclaircissements sur ce loisir, et essayer de vous faire partager mon bonheur de pratiquant, dans un milieu où la convivialité est le maître-mot.

Le terme de chevalier désigne officiellement les adeptes de ce jeu. Ils sont appelés populairement " les baveux ". Cette expression familière et sympathique pourrait donner l’impression au profane d’une activité gentillette. Il s’agit en vérité d’un vrai sport, qui demande concentration et précision. Le canon, c'est-à-dire la sarbacane, pèse un peu plus de 2 kg, et mesure 1 m 45 de long. Le calibre peut être de 10,3 mm ou 9,9 mm.

Il y a une centaine d’années, les sarbacanes étaient présentes dans le catalogue Manufrance. Des armuriers en ont également réalisé, car la technique d’usinage s’apparentait au fusil. Certaines sont de véritables œuvres d’art, et c’est le rêve de l’amateur d’en dénicher une, un jour.

Depuis 2001, le Centre d’aide par le travail de l’association I.M.C. en a mis en fabrication, et l’on peut s’en procurer des neuves. La pratique de ce sport est possible pour celui qui n’est pas équipé de sa sarbacane. Chaque association en possède quelques-unes, mises à la disposition des adhérents qui n’ont pas encore trouvé leur engin personnel.

 

 

ces deux photos illustrant le texte datent de 1950, il s’agit de l’association du Jeu de l’Aigle.

ces deux photos illustrant le texte datent de 1950, il s’agit de l’association du Jeu de l’Aigle.

mini blowgun loireLa sarbacane est conique et plus épaisse dans sa partie arrière, avec un embout diminué pour mettre la bouche, et la serrer avec les dents. L’intérieur du canon bénéficie du plus grand soin. Il convient d’en chasser l’humidité, provoquée par le souffle et la salive. Pour cela on utilise une panne. Celle-ci est composée d’une ficelle, plus longue que la sarbacane, avec une pièce métallique à un bout, pour l’entraîner dans le canon, à l’autre extrémité on attache un chiffon. Il suffit alors de tirer sur l’embout en métal, pour que le textile nettoie l’intérieur en parcourant les 1 m 50 que représente la traversée. Dans les concours, certains participants ont parfois la ficelle autour du cou, avec les deux extrémités reposant sur le corps.

Nous allons voir maintenant la bonne technique pour effectuer un tir, mais le geste est naturel. Une main tient le canon au niveau de la bouche, et l’autre bras mi-tendu sert de support à l’engin. Il n’y a aucun élément de visée, et tout appui est interdit. Chaque baveux a des repères personnels, l’important c’est le résultat. Pour assurer une trajectoire identique d’une fois à l’autre, un souffle régulier est indispensable. La visée se fait avec les deux yeux en général, mais certains pratiquants en ferment un.

La flèche se nomme le trait. On le propulse vers une cible de 40 mm de diamètre, placée à un peu plus de 8 m et à une hauteur de 1 m 33. La vitesse de déplacement du projectile avoisine les 200 km/h.

La fabrication des traits est confiée à un tourneur pour la partie métallique. L’emplumage est laissé aux bons soins de chevaliers spécialisés, ce qui est une des solutions pour la réalisation.

Malgré tout la séance collective reste un sommet de convivialité. Une fois par an, en général, des représentants de toutes les sociétés se réunissent pour un labeur partagé dans la bonne humeur. Un rassemblement matinal donne le départ d’une journée complète consacrée à la confection des traits. Le travail est entrecoupé de pauses, pour boire un coup, avec modération bien sûr. A midi, en fonction du nombre de participants, le repas peut être pris au restaurant ou sur place avec des victuailles tirées du sac.

Puisque nous savons comment sont faites les flèches, voyons maintenant comment l’on va s’en servir. Au moment du tir, la position des pieds est libre, à condition d’en avoir un entièrement derrière la ligne des 8 m 15. On recherche surtout une très grande stabilité pour assurer la précision. Le centre de la cible, de 8 mm, permet de marquer 6 points. Autour de lui, des couronnes concentriques de 3 mm de large environ attribuent 5-4-3-2-1 en s’écartant du centre.  La cible est adhésive, pour être remplacée dès que les impacts deviennent trop nombreux. Elle est collée sur un support rond en bois tendre de 20 cm environ et 2 cm d’épaisseur, que l’on dénomme tourte.

On ne marque pas forcément à chaque tir. Le pourcentage de réussite varie selon l’adresse des individus. Généralement les traits restent dans la limite du support tendre. Ce dernier est fixé sur un plateau en bois normal, beaucoup plus grand, mesurant à peu près 60 cm. Il n’y a pas de règlement particulier pour cet élément qui parfois peut être décoré. On en rencontre qui sont fixés directement sur le mur, mais bien souvent c’est un pied qui les soutient. Une flèche envoyée dans cette zone provoque la risée générale, et le maladroit était parfois contraint d’offrir l’apéritif, ou une pizza, selon les associations.

Pour le cas improbable où un trait manquerait ce support, il se planterait sans problème dans le mur derrière, ce qui donne une idée de la puissance du projectile.

On tire par série de 2 flèches, c’est ce que l’on appelle une volée. Un arracheur enlève le trait qui vient d’atteindre son but et annonce le score réalisé, que l’on ne peut distinguer avec précision à 8 m de là.

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Chaque chevalier possède un support de flèches, avec deux cases, agrafé à sa tenue. Cet ustensile est toujours réalisé par lui-même et laisse cours à l’imagination et à l’astuce. En tout, ce sont 16 traits tirés en 8 fois. Cette forme d’épreuve est dénommée la franchise. Je reviendrai plus tard sur le déroulement des concours. Un débutant n’atteint pas immédiatement la cible, mais peut s’en rapprocher plus ou moins selon son adresse. C’est pour cela que lors des séances d’initiation on utilise parfois des cibles plus grandes. Cela permet à tout le monde de marquer, mais malgré tout ce sont les meilleurs qui gagnent.

Il se pratique également une autre forme de jeu, appelée le but.

Une pointe, le piquillon, se trouve au centre d’un cercle blanc de 12 mm de diamètre. Seuls participent au classement les concurrents qui atteignent cette surface avec leur trait. Un appareil, adapté et précis, l’échantil, mesure ensuite l’éloignement avec la pointe centrale, pour établir le classement des participants qui ont touché au but.

Comme dans toutes les disciplines, l’aboutissement recherché par le pratiquant, c’est la compétition. Les concours se déroulent à raison de deux par mois. A tour de rôle les associations sont chargées d’en assurer l’organisation. Quelques dizaines de baveux sont heureux de se retrouver pour la circonstance. On y rencontre des éléments doués, véritables compétiteurs. Ils se disputent régulièrement les premières places, d’autant plus que les résultats sont comptabilisés, tout au long de la saison, pour désigner le champion départemental en fin d’année. L’évolution du classement est suivie avec la plus grande attention.

A côté de cela, beaucoup d’autres sont présents pour goûter l’ambiance conviviale de ces manifestations, chacun étant conscient de ses possibilités. Quelquefois des participants finissent sans marquer. Un seul point, c’est bien souvent l’assurance de ne pas finir dernier.

Le déroulement est immuable. Après 4 premières volées de deux traits, la pause est incontournable. La charcuterie et la pâtisserie sortent des paniers et des sacs pour le casse-croûte du milieu de l’après-midi. Comme cela a toujours existé, la tradition est respectée. La boisson est achetée sur place, pour faire travailler la buvette de la société organisatrice.

Quand tout le monde a repris des forces, on en termine avec la deuxième partie du concours. Ensuite on attend la proclamation des résultats. Le classement est annoncé en partant de la fin, si vous êtes le cinquantième, il y en aura quarante-neuf qui vont rigoler !

Le vainqueur repart avec une coupe bien souvent accompagnée de fleurs, sous les applaudissements plus ou moins sincères des copains qui ont été battus.

 

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