Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pour commencer joliment cette nouvelle année Carmen Montet vous offre ce merveilleux conte qu'elle a écrit à l'occasion de l'Epiphanie...L'histoire se déroule dans la Russie des tzars, où le peuple, en majorité paysa,n était composé de serfs attachés aux terres du seigneur.

barre de separation,separateurs

Chapitre I : Alexis

C'était le lendemain de Noël. Alexis n'avait pas fêté la Nativité, comme l'immense majorité des paysans pauvres de son pays. Il vivait dans une simple isba, propriété de son seigneur et maître, avec sa femme Natacha, leur fils unique Boris, ainsique les parents de son épouse : Sergueï et Ivanovna.

Afficher l'image d'origine

Ce matin glacial de décembre il sortit, afin de récupérer près de la haie, du bois mort pour réchauffer l'unique pièce qui leur servait de cuisine et de chambre à coucher. C'est alors qu'il croisa un vieillard affolé qui sortait de la forêt. L’homme tenait en ses mains osseuses, deux lièvres. Il avait dû relever les pièges posés par l'intendant. Or il était interdit à quiconque de braconner sur le domaine du maître, et de voler son gibier. La punition était terrible pour celui qui enfreindrait la loi : 10 coups de fouet en place publique, 10 jours d'emprisonnement et le bannissement à vie pour lui et toute sa famille !!!

Le vieillard se retrouva donc nez à nez avec Alexis alors qu’au même moment l'intendant et les chiens arrivaient. Alexis spontanément se saisit des deux lièvres :

- Rapporte-moi ces deux lièvres ! Ordonna l'homme du Seigneur, et va-t’en, à présent !

- C'est moi qui les ai pris ! S'accusa Alexis.

L'intendant le fixa :

- Je sais que ce n'est pas toi ! Mais lui ! Hurla-t-il en désignant le vieillard.

- Non ! Insista courageusement Alexis ! C'est moi !

Alors le Seigneur parut à son tour :

- Eh bien puisque c'est « lui » comme il le dit, emmenez- le sur la place pour y être fouetté ! Et les gardes saisirent Alexis. Le vieillard lui adressa un sourire de reconnaissance mais ses yeux trahissaient son inquiétude.

- Ne vous en faites pas ! Lui murmura Alexis ! Ça ira. Si Alexis avait pris la place de ce pauvre vieux qui, poussé par la misère, avait volé les lièvres c’est qu’il savait que jamais le vieillard n'aurait pu résister aux 10 coups de fouet ni à l'emprisonnement dans la tour glacée du château. Il venait de lui sauver la vie en mettant la sienne en danger.

Alexis fut fouetté devant la population sous les yeux de toute sa famille. Puis il fut enfermé dans la tour du donjon dix jours durant.

Le vieillard fut recueilli par la famille du courageux jeune homme et put ainsi se reposer un temps.

- Quand Alexis sortira du cachot nous devrons quitter l'isba qui appartient au Seigneur ! Lui expliqua Natacha. Nous sommes bannis et nous devrons quitter la province à jamais !

- Je suis désolé ! Sanglotait le vieux, Si désolé d’avoir ainsi bouleversé votre vie ! Et vous avoir causé tant de tort !

- Cessez de pleurer ! Lui dit doucement Ivanovna (la mère de Natacha) ce n'est pas votre faute ! C'est le seigneur qui est responsable de toute notre misère !

- Mais un jour viendra où les pauvres se révolteront et ce jour-là, à ce maudit seigneur, le peuple lui réglera son compte ! S'était écrié Sergueï, son mari.

-Tais-toi ! Coupa Ivanovna. Si quelqu'un t'entendait nous serions tous bons pour le cachot et pire encore !

La famille réconforta le vieillard qui se calma et apprécia les quelques jours qu'il partagea avec ces braves gens.

barre de separation,separateurs

Chapitre II Alexander

Dans une province voisine vivait un maréchal-ferrant du nom d’Alexander. Très apprécié dans le village, il n'en demeurait pas moins un homme peu facile au caractère entier mais juste et honnête.

Il arriva qu'un jour, avant Noël, une troupe d'artistes ambulants s'installa dans le village. Parmi ces bohémiens, un jeune adolescent d'une quinzaine d'années qui avait la peau noire. Tous les villageois s'en moquaient et les enfants ne se privaient pas de lui jeter des pierres. Puis un vol fut commis dans un magasin de nourriture : l'argent avait disparu de la caisse. Bien évidemment on accusa les bohémiens et en particulier le pauvre garçon noir qui fut battu en place publique ...Certains même voulaient le brûler vif. Mais il n’était pas l'auteur du vol et Alexander prit sa défense face au village :

- Avez-vous des preuves de sa culpabilité ? Hurlait- il ?

- Je jure que ce n'est pas moi ! suppliait le jeune noir

- Alors qui ? Hurlait la foule en colère.

Mathias, la victime du vol, qui n'aimait pas Alexander à cause d'une vieille querelle de famille, se désespérait : cet argent, il le devait à l'intendant du seigneur pour régler ses impôts…

  • Si je ne retrouve pas cet argent, le seigneur me fera mettre au cachot et me bannira, pleurait-il.
  • - Bah ! Dit Alexander. Allons voir l’intendant et expliquons-lui la situation.

Mais l’intendant, un homme sournois et mauvais, ne voulut rien savoir ! Il voulait l'argent pour le seigneur et ordonna même de mettre à la torture le pauvre noir afin obtenir ses aveux. Le jeune étranger réussit cependant à fausser compagnie à l'assemblée et s'enfuit en courant en direction du lac gelé, et des montagnes, repaires de féroces loups. Les villageois le laissèrent filer :

-Sûr qu’il n'ira pas loin : le lac, les loups !

- Oui nous le retrouverons demain mort de froid ou mangé par les loups ! Alexander, cependant ne se résolvait pas à rentrer chez lui ; il suivit le chemin du fugitif comme par instinct, et s'approchant du lac gelé entendit des cris :

-Au secours ! A l’aide, Pitié, aidez-moi ! C'était le pauvre garçon qui était tombé dans l'eau glacée du lac.

Alexander se précipita, l’attrapa, le sauvant d’une mort terrible, et le ramena dans sa maison. Là, il le réchauffa et le soigna.

- Merci ! Lui répondit l'adolescent tout tremblant de froid et de peur. Je m'appelle Gaspard. J'étais un prince dans mon pays mais je fus fait prisonnier et vendu comme esclave au tsar. Je me suis enfui et les bohémiens m'ont caché. Vous savez je n'ai pas volé l'argent ! C'est Mira la jeune danseuse qui l'a fait !

- Il faut rapporter cet argent ! Lui dit Alexander ! Un vol est un vol !

- Je sais dit Gaspard ! Je n'étais pas du tout d'accord !

- Je vais m'en charger !ne t’inquiéte plus de rien, répondit de sa voix calme Alexander.

Alexander se rendit chez des bohémiens et demanda à Mira de rendre l’argent. Ce qu'elle fit sans hésiter tant elle était malheureuse pour Gaspard. Comme les bohémiens craignaient des représailles tant des paysans que du seigneur, Alexander promit d'inventer une histoire où aucun d’entre eux ne serait compromis. Il se rendit donc chez le marchand Mathias qui ne l'appréciait guère et s'arrangea pour être seul dans le magasin. Là il glissa la cassette avec l'argent, sous le présentoir. Malheureusement le marchand l'avait espionné et avait tout vu de son manège et le dénonça. Alexander expliqua les choses à sa manière. Il raconta au seigneur (qu'on était allé chercher entre temps ), que la cassette était là ou il l’avait trouvée avant son arrivée dans le magasin !

- Voler une cassette et la remettre à sa place un jour plus tard ? Cela est bien étrange ! Pensait-on !

- L'argent est là ! C'est ce qui compte ! Clamait Alexander !

Mais le marchand, qui le détestait, insista et voulait faire condamner Alexander et les bohémiens. Le Seigneur qui estimait Alexander pour sa droiture et son honnêteté ne put, hélas, le défendre : un vol avait été commis et tout l’accusait, les apparences étaient contre lui. Le seigneur lui demanda alors de quitter le village et la région sur l'heure, avec toute la troupe de romanichels… Les villageois, leur crachèrent au visage et leur lancèrent des pierres. Gaspard, caché, attendit la nuit pour rejoindre Alexander et la troupe d'artistes sur le chemin de l'exil.

- Je suis désolé Alexander, c'est à cause de moi que vous avez tout perdu ! La notoriété, votre travail, votre honneur !

- Bah ! J'ai ma conscience pour moi ! Lui dit le maître ferrant ! Je ne supporte pas l'injustice, et le racisme : ce dont vous souffrez vous les bohémiens et les gens de couleur ! Ainsi accompagné de ses nouveaux amis, Alexander poursuivit sa route.

Afficher l'image d'origine

barre de separation,separateurs

Chapitre III Anton

 

Anton vivait dans une ville située sur la Volga. Il travaillait dans une imprimerie au service du tsar : c'était un chef respecté car très compétent. Homme instruit, il aimait les arts et les lettres. Agé d’une bonne quarantaine d'années, il se rendait souvent à l'opéra, au théâtre, aux expositions avec sa femme Rebecca et ses trois filles. Il aimait beaucoup les mivres d'un grand écrivain russe, dont il avait jadis publié les écrits mais qui était aujourd'hui interdit. Cet intellectuel du nom de Mickaëlys avait été banni et proscrit. Et c’est chez Anton qu’il avait trouvé refuge. Anton devait lui fournir de faux papiers pour passer la frontière de Pologne. Tout était prêt pour le départ de l’écrivain mais la police avait été mise au courant, anonymement, bien évidemment : Anton, l’imprimeur, hébergeait un clandestin recherché.

Scène russe - Dimanche, par Wassily Kandinsky

Scène russe - Dimanche, par Wassily Kandinsky

Par chance, une des filles d'Anton fréquentait très discrètement un des officiers de la police du tsar. Ce dernier l'avait prévenue. Ainsi quelques heures avant l'arrivée des gardes, Anton, sa famille et Mickaëlys avaient pu quitter la ville. Le jeune officier avait promis de rejoindre sa fiancée plus tard, pour ne pas éveiller les soupçons. Partis à travers la campagne russe en plein hiver quelques jours après Noël, le chemin risquait d'être long et plein de dangers. Les espoirs de rejoindre la frontière de Pologne étaient tombés à l'eau car la police les y attendrait certainement. Ils prirent donc la direction de l'est.

- Merci dit Mickaëlys à Anton ! Merci et pardon ! A cause de moi vous avez tout perdu : votre réputation, votre situation, votre bien-être, et l'avenir de vos enfants !

- Non Mickaëlys ! J'ai conservé l'essentiel : ma dignité d'homme libre, ma liberté d'expression, l’estime de moi. Comment aurais-je pu me regarder dans une glace, si je ne vous avais pas aidé à sauver votre vie, vous le maître de la libre pensée, vous l'expression vivante de la science du savoir, de l'art, de ce qu’il y a de plus grand et de plus noble chez l'homme : la créativité et le savoir.

barre de separation,separateurs

Chapitre IV Éléonor

Alexis, Alexander et Anton chassés de leur maison, cherchaient chacun de leur côté un refuge pour y passer la nuit avec leur famille et leurs amis. C'est le vieillard qui guida Alexis dans le brouillard et le froid jusqu'à une grotte au-dessus de laquelle une étoile du firmament, brillait plus que d'habitude.

- C'est là, dit le vieillard ! On nous attend !

Afficher l'image d'origine

Alexis et les siens furent surpris de ces propos mais le suivirent et pénétrèrent à l'intérieur. Alors une douce chaleur venue des sources d'eaux chaudes qui jaillissaient ici et là, leur procura bien-être et réconfort. Des torches éclairaient cet endroit si accueillant. Dans un recoin, ils apercurent un couple. La femme était allongée sur le sol. L’homme se leva et alla à la rencontre d'Alexis :

- Soyez les bienvenus, je sais ce que vous venez d'endurer ! Mon épouse, dit l’homme à la longue barbe rousse, va accoucher bientôt. Y a t- il parmi vous quelqu'un qui saurait l'aider ?

- Nous ! Dirent en chœur Ivanovna et Natacha .Nous étions les « marraines « des enfants du village avant que l'on nous chasse ! Nous allons l'aider.

La jeune femme leur sourit :

- Merci ! Je m'appelle Isadora et voici Dimitri mon mari .C'est notre premier enfant.

- Ne vous en faites pas! dit Natacha. Tout va bien se passer !

Deux heures s'étaient écoulées lorsque des voix assez fortes se firent entendre. C’était Alexander et les bohémiens guidé par Gaspard qui avait repéré la grotte quelque temps auparavant, en suivant une étoile. On fit les présentations alors que la jeune future maman ressentait des douleurs de plus en plus vives. Ivanovna sut la soulager rapidement et la jeune maman s’en trouva mieux.

Cela faisait bien quatre bonnes heures que tout ce petit monde était à l'abri du froid, lorsqu'on entendit de nouvelles voix : c'était Anton, sa famille et Mickaëlys qui, ayant vu, eux aussi, l'étrange étoile briller, l’avait suivie jusqu'au pied de la grotte.

Afficher l'image d'origine

Les présentations faites, on partagea ce qu'on avait pu sauver lors de l'exode : le pain, le vin, la viande séchée, les fruits. Il était probablement minuit, lorsque l'enfant vint au monde : une jolie petite fille aux cheveux d'or.

-Eléonor ! Dit sa maman. Voici Eléonor.

Tous s'embrassèrent, heureux et émus devant le spectacle renouvelé de la vie.

-Que va-t-on offrir à cette belle enfant ? Dit le vieillard sur un ton mystérieux.

Tous se consultèrent. Le vieillard sortit de son manteau une cassette dorée et y déposa trois pièces d'or :

-Voilà mon offrand, Eléonor ! Dans cette boîte je mets trois pièces d'or qui représentent tout ce qu'Alexis m'a montré : le courage, la pitié, la bonté. Que ces vertus t'accompagnent tout au long de ta vie !

Afficher l'image d'origineTous furent très émus par les paroles du sage. Gaspard alors s'approcha avec trois pierres lumineuses qu'il sortit de ses poches :

- je les dépose dans cette boîte. Elles symbolisent les vertus d'Alexande, mon sauveur : la tolérance, la solidarité, le respect. Puissent ces valeurs être présentes chaque jour,dans chacun de tes actes !

Afficher l'image d'origineArriva le tour de Mickaëlys .Il déposa dans la boîte d’Eléonor trois présents : un bâton d'encens représentant l’abnégation, une plume pour la connaissance, et une branche de sapin symbolisant la liberté :

- Puisses-tu, jeune Eléonor, porter le plus loin possible ce message de liberté et de savoir pour ouvrir toutes les portes des prisons de l'ignorance et de l'obscurantisme !

Les bohémiens précédés de la jeune Mira déposèrent à leur tour : la baguette de la magie, la bougie de la Lumière et de l’Art et la Rose de l'amour et de la paix. Mira s'approcha du bébé et l'embrassa sur le front :

- Que la Providence te vienne en aide ! Et que l'Espérance guide tes pas !

Ainsi la boîte d’Éléonor renfermait-elle toutes les vertus, toutes les valeurs pour reconstruire un monde nouveau fraternel où chacun aurait sa place et où le soleil brillerait pour tous, éternellement !

Conte de l'Epiphanie - La boîte d'Eléonor- Carmen Montet
Tag(s) : #contes et légendes

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :