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Eiffel accompagnait l’institut anglais de l’acier et du fer. Au Palais des Arts, le pacifisme du maire Girodet risqua de n’être pas compris par le nationalisme britannique, qui valait aussi son pesant de lingots.

 

Afficher l'image d'origineSurgis du train spécial comme d’un cheval de Troie, les quarante ingénieurs de l’Iran and Steel Institute «  venaient d’investir le quai de Châteaucreux. A ceci près que les assiégés, ravis de l’être,  leur firent un accueil empressé. Leur chef de file, surtout, n’était pour eux pas inconnu ; et encore moins du sénateur Reymond, qu’Eiffel avait remplacé à la tête de l’association des ingénieurs civils.

Les quarante invités furent dirigés soit vers l’Hôtel de France, soit vers celui de l’Europe. De nombreux badauds se pressaient sur leur passage, curieux d’abord d’apercevoir Eiffel, popularisé par des gravures diffusées dans le monde entier.

Apparut un homme d’environ cinquante-cinq ans, de taille moyenne et d’allures très simples, dont l’air de franche bonhomie attirait d’emblée la sympathie.

La halte à l’hôtel fut de brèves durée, puisque la caravane,  bientôt partie pour le Chaléassière, visita les Forges et Aciéries de Saint-Étienne. On montra aux Anglais un marteau-pilon de 50 tonnes. La fabrication des bandages de roues les intéressa beaucoup, à cause de la vitesse du laminage.

L’après-midi un tramway les conduisit vers Unieux, pour le détour obligé à l’usine Holtzer et Dorian. Il y était prévu une superbe coulée d’acier.

 

GOD SAVE THE QUEEN AU PALAIS DES ARTS

De retour sur Saint-Étienne, le groupe était attendu par une foule considérable sur la place du Breuil. Tout ce monde voulait voir Eiffel. Une femme  brandit sa tour découpée dans un journal et, drapée  dans une dignité comique, elle vint la coller sur une glace de la voiture où se trouvait  l’illustre constructeur qui, avec son entourage, applaudit et s’en amusa.

Les Anglais, mis en verve, tentèrent un morceau d’humour, plus cynique que britannique. Ils jetèrent des piécettes  à la multitude. Une féroce bagarre s’ensuivit, dont ils rirent aux larmes.

Le soir, le repas eut lieu dans la grande salle du Palais des Arts, à la lumière électrique, et aux  sons d’un orchestre : la musique du 38é, qui passa en souplesse de la «  Marseillaise «  au «  God save the queen «. Pour conclure les toasts, le maire Girodet appela de ses vœux le jour où la métallurgie ne forgerait plus que des outils pour l’industrie et l’agriculture. Et il but à la fraternité des peuples.

Le lendemain, les ingénieurs s’enivraient à Saint-Chamond d’un tout autre canon : de 240 mn pour un lingot de 25 tonnes. Et ce qui par-dessus tout leur plut aux Forges et Aciéries de la Marine, c’est qu’en matière d’armement, il n’offrait qu’un léger préambule.

Serge Granjon : les visiteurs d'un jour - Saint-Étienne IIIé République - Gustave eiffel et les quarante ingénieurs
Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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