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Publié par J P Clair

A la fin de la guerre et dans les années qui suivirent, la France souffrait d’une sous-motorisation criarde.

Peu de véhicules construits avant le conflit avaient réussi à traverser cette période sans dommage. D’autres, dissimulés dans les campagnes, ressortaient petit à petit, mais en nombre très insuffisant pour satisfaire la demande.

La pénurie de matières premières freinait le redémarrage industriel, tout ce qui pouvait rouler était remis en état avec les moyens du bord. Pour les vieilles motos on peut même parler de rafistolage.

Lors du premier Salon de l’auto en 1946 les anciennes marques de prestige présentaient leurs modèles mais n’étaient pas en mesure de prendre des commandes, faute d’acier à leur disposition.

C’est à cette occasion que fut présentée la voiture qui allait symboliser la liberté et la joie de vivre, en mettant l’automobile à la portée du plus grand nombre. Je veux parler de la 4 cv Renault.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

Le 12 août 1947, la première, surnommée familièrement la motte de beurre en raison de sa forme arrondie et de son unique couleur jaune, sortait de la chaîne de montage. Cette peinture, récupérée en grande quantité comme dommages de guerre, avait servi auparavant à peindre les chars de l’Afrika Korps allemande.

Pour le client, le délai d’attente avoisinait une année, ce qui peut paraître raisonnable par rapport aux 5 ans nécessaires par la suite pour avoir une 2 cv Citroën.

Lorsque la voiture commandée était mise à disposition, il fallait aller la chercher à l’usine. Il en était de même pour toutes les marques. L’événement était perçu comme une fête, mais si l’on ne pouvait s’y rendre, notre garagiste s’en chargeait.

François Pailleret, une figure stéphanoise, m’a raconté qu’il était le premier avoir eu une 4 cv de couleur. Il était allé prendre livraison de son auto comme je l’expliquais plus haut. Il aperçut un peu plus loin sur la chaîne une voiture bleue. Il demanda à passer son tour pour s’approprier celle-ci.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

On a vu naître de nombreuses voiturettes (micro-cars) mais on ne peut pas les comparer aux véhicules sans permis actuels. Leur fabrication était bien souvent artisanale et leur esthétique discutable pour certains modèles. Il s’agissait avant tout de pouvoir rouler, et tous les moyens possibles étaient employés. Leur motorisation était empruntée à la moto et ce permis-là suffisait. Il n’y avait que deux places, voire une seule.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

Quelques marques atteignirent une certaine notoriété avec une qualité de fabrication et une ligne plaisante, tandis que pour d’autres, un ou deux exemplaires produits ne leur ont pas permis de passer à la postérité. A Saint-Etienne le garage de l’Alma, tenu par messieurs Houg et Robert, diffusait les De Rovin.

 

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

Cet établissement a été remplacé par la Caisse d’Epargne il y a plus de cinquante ans. Il était également agent Salmson, une grande marque d’avant la guerre qui a disparu en 1955 en même temps que toutes les autres qui avaient tant fait rêver les générations précédentes.

Pour en terminer avec les voiturettes, pour le côté anecdotique, signalons la Reyonnah produite par monsieur Hannoyer qui avait trouvé sa marque en inversant les lettres de son nom.

 

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

A cette époque-là on a vu fleurir les moteurs auxiliaires que l’on adaptait sur un vélo.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair

A titre d’exemple je vais parler du moteur Serwa puisqu’il était fabriqué à Saint-Etienne. Auparavant il faut que j’évoque la SOMA. Cette entreprise créée en 1932 par Jean Servanton a compté jusqu’à 2.400 salariés et alimentait un nombre considérable de sous-traitants à un moment où les ateliers de mécanique foisonnaient au fond des cours, avec bien souvent une ou deux personnes seulement pour y travailler.

A partir de 1988 la société a été reprise successivement par différents investisseurs. Aujourd’hui elle dépend du groupe American General Dynamics, mais le nombre de salariés est inférieur à 300.

Durant la guerre une entreprise de la région parisienne répondant au nom de Wasège (je ne garantis pas l’orthographe) s’était repliée en zone libre dans les locaux de la SOMA et c’est de cette collaboration, je ne sais pas si le terme est bien choisi pour cette période, qu’est né le moteur Serwa, Ser pour Servanton et wa pour Wasège.

La cylindrée se montait à 38 cm3, alésage de 40 mm et course de 30 mm, pour une puissance d’environ un cheval. Côté technique il s’agissait d’un moteur 4 temps culbuté.

On montait sur la roue arrière du vélo une grande couronne de forme intérieure trapézoïdale. Le moteur était placé sur le côté de la roue dans un support à bascule intégré au kit porte-bagages qui comportait le réservoir placé derrière la selle. De cette mécanique sortaient deux poulies tournant à des régimes différents, et suivant que l’on penchait le moteur vers l’avant ou l’arrière on avait deux vitesses, la position intermédiaire donnant le point mort. La tenue des rayons posant de gros problèmes, bien souvent on les remplaçait par des modèles empruntés à la moto.

A suivre....

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