Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mon père était agent pour la Loire et les départements limitrophes. Il a équipé un nombre considérable de vélos, mais aurait pu en vendre trois ou quatre fois plus s’il avait été approvisionné selon sa demande. On n’a jamais su si le constructeur n’y croyait pas suffisamment, ou si la production ne pouvait pas suivre.

 

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair ( suite et fin )

Nous rendions visite à mon père, on me disait qu’il était là pour gagner des sous. En le voyant œuvrer dans son atelier, je me demandais bien d’où pouvait jaillir l’argent. J’aurais sans doute mieux compris s’il avait été faux monnayeur !

Ensuite sont apparus les Vélosolex ou Mobylettes qui proposaient pour le même prix un engin complet, et ce fut la fin des moteurs auxiliaires.

A cette époque, tout déplacement motorisé était considéré comme exceptionnel.

Une année, une tante et un oncle de ma mère avaient décidé de s’expatrier en allant passer l’été à … Cuzieu. L’occasion de s’y rendre était belle. Mon père possédait une moto, une 500 Ultima. J’ai eu le plaisir d’en revoir une au musée de Rochetaillée sur Saône. C’est donc coincé entre mon père et ma mère que j’avais effectué le trajet pour aller voir le tonton.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair ( suite et fin )

Un jour vers 1946, ma famille avait décidé de rendre visite à des parents à Saint-Etienne le Molard, des cousins s’étaient joints à nous. Mon grand’père possédait une camionnette avec une benne découverte en tôle. C’est sur des bancs en bois posés à l’arrière que nous avons parcouru la distance.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair ( suite et fin )

Je me souviens très bien d’un cycliste qui, selon une pratique très répandue à l’époque, s’était accroché à la ridelle en tendant le bras. Si cet épisode est resté gravé dans ma mémoire, c’est qu’à l’occasion du franchissement d’un passage à niveau il avait effectué un vol plané particulièrement spectaculaire.

Un peu plus tard, dans la deuxième moitié des années 50, je me suis livré à cet exercice déconseillé mais sans grand risque tel que je le pratiquais. J’habitais route de Villars. Pour me rendre à l’E.N.P j’utilisais mon vélo et gravissais deux fois par jour la rue Ferdinand. A cette époque-là, les véhicules utilitaires manquaient de puissance. Les camions de charbon, limonade ou autres, montaient cette côte à très faible allure. Il suffisait de se faire hisser, tirer la langue en faisant semblant de pédaler, et souvent on disait aux copains : « regarde, je le pousse ».

De nos jours on ne peut pas imaginer la faiblesse des mécaniques d’alors. Jusqu’au milieu des années 50 mon domicile se situait rue Dufour, une petite rue en pente qui prolonge la rue Augustin Thierry dans le quartier de Montaud. Lorsqu’un camion se présentait, tout notre intérêt de gamins se limitait à la réflexion « montera ou montera pas ». Quand on voit les lieux aujourd’hui, on ne réalise même pas.

 

Un serrurier occupait la cour de notre immeuble. Pour réaliser un utilitaire il avait coupé toute la partie arrière d’une B 14 Citroën. Beaucoup de garagistes entaillaient également l’arrière de voitures pour y fixer leurs grues de dépannage. Tous ces véhicules possédaient un châssis et l’on pouvait sans risque se livrer à toutes les modifications.

Dans le même ordre d’idées, pour confirmer le faible rendement des moteurs, je vais mentionner un voyage en Haute-Loire. Mon père jouait au foot. Lors d’un déplacement pour un match à l’extérieur, quelques épouses et leurs enfants accompagnant l’équipe avaient pris place dans le car qui desservait le lieu de la rencontre.

Le véhicule était dans l’impossibilité de franchir certains sommets de côtes avec sa charge. Tous les joueurs descendaient pour pousser. Une fois il a même fallu que les femmes et nous les enfants mettions pied à terre, non pas pour pousser, mais pour alléger encore un peu plus le car.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair ( suite et fin )

Restons dans le domaine du football pour évoquer les déplacements à Lyon lorsque les Verts rencontraient l’O.L dans le début des années 50. Nous allions prendre le car Gatty vers le cinéma Le Royal. En arrivant, alors qu’il n’y avait pas d’arrêt, le chauffeur stoppait au pont Pasteur, non loin de Gerland. Ensuite, au guichet, nous acquittions le prix du billet qui correspondait à la place de notre choix. Mélangés aux Lyonnais, nous assistions au derby en toute cordialité. Les temps ont bien changé !

Les films sur la guerre nous ont montré les gazogènes à charbon et à bois. Dans les années qui suivirent, il subsistait des véhicules à gaz. A Saint-Étienne on disposait d’une station qui dépendait du Gaz de France, les voitures et les utilitaires pouvaient venir recharger leurs réserves. Elle était située dans le quartier de la Manu, entre les rues Bergson et Edmond Charpentier, à proximité du garage actuel Ravon. A cet emplacement aujourd’hui on trouve un bâtiment marron, en carrelage et sans ouvertures.

A la même époque, la Soma dont j’ai parlé précédemment possédait un camion électrique pour ses courses en ville. Le chauffeur, sosie de Michel Simon, avait été tout naturellement surnommé Michel. Il était populaire, d’un abord agréable, et universellement connu sous ce vocable. Personne n’a jamais su, ni cherché à savoir, quelle était sa véritable identité.

En ces années de pénuries de toutes sortes, personne n’aurait songé à organiser une course de voitures tant les difficultés auraient été grandes à tous les points de vue. C’est pourtant ce qu’avait imaginé le docteur Lacoste d’Andrézieux. Avec quelques amis il avait mis sur pied le grand prix d’Andrézieux 1946, et la réussite fut totale. Les plus grands champions du moment étaient au départ, les spectateurs furent comblés par ce spectacle extraordinaire.

Mes souvenirs de Stéphanois - Pourvu que ça roule- JP Clair ( suite et fin )

La veille, sur la place de l’Hôtel de Ville à Saint-Etienne, les bolides étaient exposés pour le plus grand bonheur d’un public ébahi. Le grand jour, une compétition de motos se déroulait sur le même circuit, conjointement à la course automobile.

Mes parents m’y avaient emmené, mais si je peux en parler aujourd’hui c’est uniquement par rapport au récit que m’en ont fait bien plus tard des personnes qui avaient touché de près à l’organisation. Pour ma part le souvenir que j’en ai gardé n’a rien d’automobilistique. Des baraques en planches faisaient office de WC. Certaines ne joignaient pas très bien et les messieurs en urinant éclaboussaient les dames qui leur tournaient le dos de l’autre côté de la cloison. Elles sortaient promptement en criant, il y avait de quoi faire éclater de rire le gamin de trois ans.

Il y a quelques années, lorsque mes amis de l’Association Forézienne d’Amateurs d’Automobiles de Collection ont organisé une rétrospective de ce grand prix, je leur ai bien recommandé de veiller à la qualité des toilettes.

Jean-Paul Clair

couronne,noel

Tag(s) : #Souvenirs de stéphanois

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :