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Publié par carmen Montet

 

Dame Béatrice de Roussillon était l'épouse de Gaudemar III quatrième seigneur de Saint-Chamond.

Ce dernier était parti en croisade et y mourut. La nuit de sa mort, Béatrice aurait eu une vision : son époux agonisant lui parla de ses dernières volontés . Quelque temps plus tard on ramena à la châtelaine l'épée de feu son mari, et ses armoiries. Il était enterré dans la bastide des templiers près de Jérusalem.

Elle consacra ses jours à la prière, et fit édifier une chapelle...Se trouvant seule à la tête d'une seigneurie imposante dans ce XIII è siècle ( le futur héritier était trop jeune pour régner ), elle prit en main la direction de la seigneurie et la tutelle de ses enfants. Cette châtelaine hautaine sévère n'était pas appréciée de tous.

Une jeune servante, peu de temps après le départ du maître pour la terre sainte , accoucha de deux jumeaux : une fille et un garçon. Elle assura que ces enfants étaient le fruit de ses amours avec le maître de ces lieux le Seigneur du Jarez Gaudemar . Elle exigeait argent et logis. Béatrice pourtant pieuse ,la chassa de son château avec ses enfants. La servante trouva refuge chez une vieille femme moitié sorcière moitié guérisseuse. Cette vieille n'aimait pas non plus Béatrice qui l’avait exilée dans ces bois du Bessat à cause de ses penchants pour la sorcellerie. Ainsi les deux femmes nourrirent longtemps le désir de se venger de la châtelaine. Il advint un grand malheur à la jeune mère : les deux petits âgés de quatre ans moururent de mauvaises grippes et la sorcière ne put les sauver. Après avoir enterré les deux petits, persuadée que son malheur venait de Béatrice, la servante devenue folle inventa alors une sordide histoire : Béatrice usée désirait retrouver sa vitalité d'antan.

Elle l'aurait fait venir au château un jour où personne n'était là et aurait proposé à la servante de garder les enfants auprès d’elle. Pour leur bonheur ,la servante aurait accepté . Après plusieurs jours , la mère aurait désiré voir ses enfants . La châtelaine aurait dit qu'ils s'étaient sauvés . En fait c'est Béatrice qui les aurait dévorés pour avoir une peau fraîche et retrouver sa jeunesse d'antan. D'autres s'ajoutèrent à cette légende et dirent que la châtelaine faisait enlever des petits enfants de la paysannerie pauvre pour se nourrir de leur chair fraîche pour devenir belle et jeune. Bien sûr,  toutes ces affirmations portèrent tort à la dame du Jarez . Mais soutenue par l'Eglise et l’évêque ainsi que par le Roi, la rumeur s'arrêta d'un coup . Tous les manants qui osèrent continuer à véhiculer de telles ignominies, de tels mensonges furent brûlés vifs . Ce fut le cas de la servante .

Béatrice très marquée par cette cabale, créa un hospice, un centre pour enfants, une soupe populaire et distribua des aumônes aux pauvres et exonéra de taxes et d’impôts les corps de métiers de sa ville de  Saint-Chamond.

Cette version légendaire fut très controversée . Certains disent que la Dame du Jarez fit beaucoup pour les pauvres , qu'elle offrit des chapelles pour les pèlerins et ne fut pas cette ogresse que l'on veut bien dire.

En tout cas un acte de 1290 nous livre peut-être la vérité sur cette légende. : il y eut méprise sur l'interprétation du document et certains mots on été mal traduits , ainsi » tueries » d'un texte écrit par Béatrice dans la langue locale voulant dire « tutrice » a été traduit par « tuerie », « cureries voulait dire « caratrice » a été traduit par dévoreuse ».

En fait la légende de Béatrice de Roussillon s'est surtout développée au XVIII é siècle avant la Révolution. Les artisans de Saint-Chamond étaient accablés d’impôts . Certaines corporations trouvaient un moyen pour se faire exonérer de certaines de leurs charges. Eh bien, pour ne pas payer « la leyde sur les grains », les compagnons de la ville trouvèrent l'occasion de justifier cette exonération pour la communauté des habitants de la cité en faisant exhumer et secouer d'anciens titres du moyen âge. Ainsi cette exonération aurait été accordée dès le XIII siècle par les actes de franchise de la ville, signée de la main de la Dame du Jarez pour se faire pardonner « ses fautes » d'ogresse !

Béatrice très hautaine n'était pas une infâme personne méchante et cruelle, tout au plus une personne froide, distante et surtout très pieuse.

Mais sa légende était née .

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