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Publié par dix vins blog

La découverte de billets de banque falsifiés fait toujours quelque bruit et les journaux en font mention. Il n’en est pas de même pour la falsification des timbres qui est assez fréquente et qui demande au moins autant d’habileté artistique. C’est en 1852 que l’on remarqua, pour la première fois, que les timbres que la Lombardie venait d’éditer étaient imités en grandes quantités. Presque à la même époque, on découvrit en Angleterre des falsifications du timbre de un penny lancé en 1840 par Rowland Hill. Le faussaire subit une peine exemplaire de vingt années de prison. Le côté original de l’affaire est que les faux timbres, à condition qu’ils aient été utilisés comme des vrais, ont, pour les collectionneurs, une valeur bien supérieure à celle des bons.

L’administration des postes allemandes éprouva, pendant les années 1880, 1888 et 1893, des pertes de plusieurs centaines de milliers de marks parce qu’elle avait mis en circulation un timbre si peu compliqué et si peu artistique qu’il était facile à imiter.

Plus récemment on découvrit des falsifications de vignettes hongroises et américaines. Pour les Etats-Unis seuls, la perte s’éleva à 2 millions de dollars, chiffre énorme quand on pense qu’il est constitué de minuscules sommes d’argent. 

A cet effet les faussaires avaient installé une usine munie des moyens les plus modernes et dont la valeur fut estimée à 30000 dollars. Les organisateurs purent se sauver à temps à l’étranger avec une somme de plus de 500000 dollars tandis que leurs agents tombaient entre les mains de la police.

Dans la majorité des cas la fraude ne fut pas découverte par des fonctionnaires préposés à cet effet, pour la bonne raison que la plupart des Etats, fait assez curieux, ne possèdent pas de service spécialisé dans ce genre de travail. La fraude est révélée par des collectionneurs qui, par l’étude très poussée qu’ils font des vignettes, en connaissent les moindres détails de sorte qu’ils sont à même de signaler les faux timbres mis en circulation.

L’émission de fausses vignettes neuves est cependant plus rare parce qu’elle nécessite une organisation compliquée et des appareils coûteux tandis que la transformation des timbres usagés, surtout celles des vignettes appartenant à des séries défectueuses mal réussies ou curieuses, est plus fréquente car elle est toujours plus facile. On sait que l’on met quelquefois en circulation une série qui ne paraît qu’une seule fois et dans une couleur différente de celle employée couramment. Ces timbres d’une série unique qui possèdent, pour les collectionneurs, une valeur bien supérieure à celle du timbre régulier. Dans ce cas la fraude est facile et peut être réalisée avec des moyens simples. C’est ainsi que le fond blanc du timbre ordinaire du Duché de Bade, de krone, devient brun par immersion dans le café et ressemble alors à une série rare défectueuse qui se négocie facilement aux environs de 30 marks. De même on change en jaune le fond bleu du mercure ordinaire autrichien qui légalement vaut 4 marks. Pour obtenir cette altération, on traite avec soin la vignette au super-oxyde d’hydrogène et sa valeur se trouve alors décuplée. Quand il s’agit de timbres de grande valeur, le faussaire est obligé d’agir avec la plus grande précision, car les vignettes valant 10000 marks et plus ne sont acquises par les collectionneurs qu’après les avoir fait prudemment expertiser.

Depuis longtemps les faussaires ne travaillent de préférence que les timbres des villes libres telles que Hambourg, Lubeck, Brème, ou bien ceux de Bergedorf et de Hongrie qui se prêtent le plus facilement et avec le plus de chances de succès à l’imitation des vignettes de valeur. Par contre la falsification de bons timbres de Bavière et de Saxe demande une certaine expérience de technicien, mais leur vente est plus rémunératrice. Dans les timbres français, c’est la série carmin de 1 franc Napoléon des années 1853-56 et dans les américains les timbres de 5 cents de 1874 qui ont surtout été fraudés en grande quantité. Ils circulent encore aujourd’hui dans les milieux de collectionneurs.

Bien des timbres ont vu leur valeur augmenter aux yeux des philatélistes, par SUITE d’une surimpression. Des amateurs non avertis ont ainsi acheté des vignettes portant une surimpression de fantaisie et les considèrent comme les joyaux de leur collection, alors qu’en réalité ils n’ont aucune valeur. Lors de la vente à New York d’une grande collection appartenant à un millionnaire décédé qui avait la réputation d’être un fin connaisseur, on découvrit que 5 pour cent n’étaient que des imitations.

Tout dernièrement on parla beaucoup de la fraude du célèbre timbre de l’Ile Maurice. Le faussaire avait réussi à négocier trois de ses faux timbres à des collectionneurs passionnés avant que sa falsification ne fût découverte. Il avait gagné sur les 3 timbres en question plus de dix mille dollars et l’on n’est pas sûr qu’il n’en ait pas écoulé d’autres dont les acquéreurs, par crainte du ridicule, n’ont pas osé se nommer.

Il y a toujours eu des gens qui ont su exploiter les passions de leurs semblables en fraudant les objets auxquels ils s’intéressent, et, depuis son origine, la philatélie a connu des faussaires qui, avec plus ou moins de succès, ont su maquiller les timbres. La peine et le travail que nécessite une telle duperie seraient vraiment dignes d’un meilleur but.

 

Almanach Vermot 1938 - La falsification des timbres-poste
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